Explications

L’ensemble des espèces vivantes ont connu des mutations génétiques. La première forme de vie sur Terre était une bactérie marine. Celle-ci s’est développée et a muté de différentes façons, permettant l’évolution de plusieurs espèces sous-marines. On connait tous la suite de l’histoire : certaines espèces sont devenues terrestres et ont continué à se développer et à muter pour devenir les dinosaures exposés dans les musées. La pluie de météorite ayant causé leur extinction a permis à d’autres espèces ayant survécu, de s’étendre à leur tour. Une suite de mutations a donné l’Homme.

Cette théorie de l’évolution, portée par des naturalistes dont principalement Charles Darwin et Jean-Baptiste de Lamarck, explique comment différentes espèces ont pu se développer et surtout s’adapter en fonction de leur milieu. Mais ces mutations se font sur plusieurs générations et sont dues au génome, c’est-à-dire à l’ensemble du matériel génétique qu’une espèce porte dans son ADN. Mais bien que Darwin pensait que les mutations génétiques étaient dues au hasard et à la chance, on sait aujourd’hui que cela n’est pas le cas.

En effet, si certaines séquences génétiques définissant des caractères particuliers d’une espèce sont transmises de géniteurs à progéniture, le fait que celles-ci s’inscrivent définitivement dans le génome de l’espèce n’est pas aléatoire. Les membres de l’espèce porteurs d’une mutation utile dans le milieu de développement de l’espèce, alors les chances de survie de leurs progénitures est beaucoup plus grande. Ce qui, à terme, se traduira par l’ensemble des membres d’une espèce porteurs de cette mutation. Ceci explique aussi pourquoi une même espèce peut présenter des évolutions différentes en fonction de son habitat.

Cette théorie s’applique aussi à l’Homme. C’est pourquoi elle s’intègre parfaitement dans l’idéologie transhumaniste. Si l’Homme, tel qu’on le connait aujourd’hui, n’est qu’une phase de l’évolution de l’espèce entière, on peut alors facilement imaginer que les prochaines mutations conduiront au fantasme ultime, à savoir des compétences physiques et mentales décuplées et pourquoi pas, à des superpouvoirs.

Mais pourquoi attendre une série de mutations qui ne conduiront peut-être même pas aux évolutions dont on rêve ? Le cinéma et les livres de science-fiction n’ont pas attendu des siècles avant de présenter des Hommes volants ou télépathes. Certains univers de fiction (X-Men, Heroes) présentent ces mutations telles que je vous les ai décrites : une conséquence de l’évolution de l’espèce, sans aucune intervention de l’Homme donc. Pour d’autres, ces transformations peuvent être causées par des substances ou expérimentations, comme Captain America ou encore Eddie Morra dans Limitless.

 

Problèmes éthiques et techniques

 

Au niveau technique, le traitement de pathologies par le remplacement d’un gène anormal par un gène sain s’appelle la thérapie génique. Ce concept a vu le jour dans les années 50 bien que son étude à proprement parler n’a débuté que dans les années 90. Elle utilise un virus ou un enzyme pour transporter le gène thérapeutique dans l’organe cible où l’ADN doit être changé.

[En apprendre plus sur la thérapie génique : http://www.inserm.fr/thematiques/genetique-genomique-et-bioinformatique/dossiers-d-information/therapie-genique ]

Lors d’une interview pour universcience.com, le docteur Marina Cavazzana-Calvo expose les problèmes que rencontrent les chercheurs en thérapie génique :

  • La thérapie génique utilise un virus pour transporter le gène sain. La production de ce virus ne peut se faire que dans certains laboratoires, peu nombreux dans le monde. La production de médicaments ne peut donc pas être industrialisée.
  • L’étude des cellules souches du patient, en elle-même, représente une difficulté, notamment technique. Cette étude doit permettre la correction du gène la plus stable possible afin de favoriser la guérison à long terme du patient.
  • Comme pour la plupart des études médicales, le financement et le manque d’équipements performant est toujours un problème.

 

La génétique en général, de par son lien avec notre évolution, pose de nombreuses questions éthiques. Jusqu’où pouvons-nous aller dans la manipulation des gènes ? Dès qu’on touche aux gènes, à ce qui fait que toute chose vivante est ce qu’elle est, des débats animés sur ce que modifier la nature impliquerait. Nous avons observé cet effet avec les OGM et cela se reproduit encore avec l’Homme.

François Taddei, biologiste français, propose une réflexion pertinente sur ce sujet, dans une interview accordée au site .cuberevue.com. Il y définit l’éthique comme « le rapport entre l’individuel et le collectif, entre le court terme et le long terme, mais aussi entre les impacts locaux et globaux de décisions. » L’éthique de l’action, telle qu’il la décrit, est directement liée aux avancées technologiques (et ici, médicales) mais surtout au choix de les utiliser ou non.

Dans la thématique du transhumanisme et de l’homme augmenté, François Taddei pose les questions suivantes :

« Est-ce qu’on cherche à corriger des défauts, des pathologies, des handicaps, ou est ce qu’on cherche à toujours augmenter l’homme, et si oui, pourquoi ? Est-ce qu’on cherche à augmenter la créativité, notre capacité à l’empathie, à l’échange ou est-ce qu’on cherche à augmenter notre capacité à réaliser des exploits transcendant la nature même de l’homme ? »

 

 

Démystification

 

Si dans l’esprit des génies de la science-fiction l’injection d’un sérum du supersoldat peut transformer un gringalet en une montagne de muscle en l’espace de quelques minutes, la réalité n’est pas aussi radicale.

En effet, les supersoldats font partie des études que les armées ont mené et mènent encore, la médecine s’intéresse plus à la recherche de ce type de sérum pour guérir des maladies musculaires.

Durant la seconde guerre mondiale, les soldats allemands étaient dopés à l’aide de pervitine, une méthamphétamine qui augmente les performances mentales. Les soldats étaient plus vigilants et concentrés, avaient plus confiance en eux, et ce, très longtemps puisque la drogue recule aussi le seuil de l’épuisement. Le stupéfiant a des effets secondaires tels que la dépendance, la dépression, la paranoïa, des problèmes de circulation du sang.

Plus récemment, le pentagone a lancé projet ElectRx. Porté par la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency), il a pour but le développement d’un système en boucle fermée qui traite des maladies en modulant l’activité des nerfs périphériques. A terme, ce projet vise à lutter efficacement contre des troubles psychologiques tels que le stress post-traumatique.

Dans une optique médicale et non plus militaire, le biologiste Brian Kaspar a mis au point un sérum qui permet d’augmenter la masse musculaire, par thérapie génique. Le médicament cible le gène myostatin qui empêche le développement musculaire. Ce sérum vise à aider les personnes atteintes de maladies de déficience musculaire.

Captain america ne se baladera pas dans nos rues de si tôt, même si les recherches sont lancées, dans le milieu militaire mais aussi médical.

 

Auteur : Blandine LAPERCHE